20 juin 2026
Port-au-Prince. Face à l’aggravation de la crise multidimensionnelle qui secoue Haïti, le Groupe des personnalités de la CARICOM a annoncé son intention de se rendre prochainement dans le pays afin de rencontrer les différents acteurs politiques, institutionnels et de la société civile.

Dans une note publiée ce jeudi, les émissaires de l’organisation régionale ont invité les autorités gouvernementales, les partis politiques et les organisations de la société civile à prendre toutes les dispositions nécessaires pour faciliter le dialogue et rechercher des solutions à la crise qui continue de s’enliser.

Cette annonce revêt une importance particulière dans la mesure où la CARICOM est elle-même à l’origine de l’architecture politique ayant conduit à la mise en place de l’actuelle transition. À ce titre, plusieurs observateurs estiment que cette nouvelle mission constitue également une forme d’évaluation du bilan des mécanismes qu’elle a contribué à instaurer.

La visite intervient dans un contexte marqué par de vives critiques à l’encontre du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé. Depuis plusieurs mois, l’opposition, des organisations citoyennes et divers secteurs de la société dénoncent une gestion jugée opaque des affaires publiques, alors que l’insécurité continue de gagner du terrain et que la crise humanitaire s’aggrave.

Le 7 juin dernier, le Premier ministre de facto avait pourtant demandé à la CARICOM de reporter sa mission en Haïti, affirmant que son administration n’était pas en mesure de garantir la sécurité des membres de la délégation. Une déclaration qui avait soulevé de nombreuses interrogations sur la capacité réelle de l’État à contrôler la situation sécuritaire dans la capitale et dans plusieurs régions du pays.

Malgré cet avertissement, le Groupe des personnalités de la CARICOM semble déterminé à effectuer sa visite. Une décision interprétée par certains analystes comme le signe d’une inquiétude croissante de la communauté régionale face à l’impasse politique actuelle.

Cinq mois après la concentration du pouvoir exécutif entre les mains du Premier ministre, plusieurs voix dénoncent l’absence de transparence dans la gestion de l’État, le ralentissement du processus de transition et l’absence de mécanismes de reddition de comptes. Pour les critiques du pouvoir, cette mission de la CARICOM pourrait ainsi marquer le début d’une remise en question de la gouvernance actuelle.

Alors que les groupes armés poursuivent leur expansion territoriale, que des milliers de familles demeurent déplacées et que les perspectives électorales restent incertaines, la visite annoncée des émissaires régionaux apparaît comme une tentative de relance du dialogue politique dans un pays où les institutions peinent à répondre aux attentes de la population.

Reste à savoir si cette nouvelle intervention diplomatique permettra d’amorcer une véritable sortie de crise ou si elle viendra simplement constater l’échec d’une transition dont la CARICOM fut l’un des principaux architectes.